La forte croissance reelle, qui dure depuis le milieu de 1999, se traduit certes par un manque de personnel qualifie et un accroissement des couts du travail. En outre, les loyers des logements augmentent, en partie a la suite du recent relevement des taux hypothecaires. Neanmoins, aucune poussee de rencherissement n’est en vue. A court terme, l’inflation devrait dependre principalement de l’evolution de la conjoncture, des cours de change et des prix petroliers. Nous tablons sur une poursuite de la croissance economique, a un rythme cependant moins soutenu. Nous prevoyons une augmentation du produit interieur brut reel de 2,2% en 2001, apres une expansion de 3,3% en 2000. En 2002, la croissance reelle continuera probablement a flechir pour s’inscrire a 1,6%. Nous sommes ainsi proches de la moyenne des previsions faites par les instituts conjoncturels suisses. Le ralentissement attendu de la croissance reduira egalement le danger d’une surchauffe inflationniste de l’economie suisse. La prevision de croissance reelle repose avant tout sur l’affaiblissement attendu de l’essor de la conjoncture aux Etats-Unis et dans l’Union europeenne, affaiblissement qui moderera sans doute la vigueur des exportations suisses. Le resserrement par etapes de la politique monetaire suisse entre l’automne de 1999 et l’ete de 2000 contribuera lui aussi a eviter une surchauffe de la conjoncture. Un effet allant dans le meme sens resulte du cours reel du franc, pondere par les exportations, qui a augmente depuis le printemps de 2000, avant tout face a l’euro. La tendance a moyen terme de l’inflation en Suisse depend principalement de l’evolution des agregats monetaires. L’evolution de la masse monetaire M3 ne laisse pas, elle non plus, presager un danger inflationniste dans le futur. Les credits bancaires, qui ont tendance a ne progresser que legerement, nous delivrent un message semblable. Lors de notre conference de presse de decembre 1999, nous avons presente les diverses adaptations apportees a notre strategie de politique monetaire. Depuis, notre politique monetaire repose sur une prevision d’inflation. Les experiences faites jusqu’ici avec notre strategie adaptee sont positives. Le fait d’avoir a etablir regulierement une prevision d’inflation nous contraint a examiner attentivement tous les facteurs determinants de l’evolution future des prix. Il conduit egalement a une plus grande transparence de la politique monetaire. Nous avons l’intention de rendre autant que possible publiques les analyses servant de fondement a nos previsions d’inflation. Aussi, dans un proche avenir, publierons-nous plusieurs etudes qui apporteront des precisions sur nos activites dans ce domaine. Nous recourons a diverses methodes pour etablir nos previsions d’inflation et de croissance reelle. Les resultats font l’objet de discussions internes et debouchent finalement sur des previsions consensuelles. Prevoir l’inflation que nous aurons au cours des trois prochaines annees est une tache difficile. Il est par consequent inevitable que nos previsions soient parfois erronees. Nous n’avons pas la pretention d’etre infaillibles dans nos pronostics. Nos previsions d’inflation ont pour but d’expliquer au public les reflexions qui sous-tendent nos decisions de politique monetaire. Des previsions erronees peuvent fournir de precieux indices sur des evolutions economiques qui requierent une adaptation de la politique monetaire. Toute ban-que centrale est confrontee au meme probleme fondamental: les effets de la politique monetaire ne se manifestent qu’apres un laps de temps assez eleve. Si nous voulons sauvegarder la stabilite du niveau des prix, nous devons par consequent operer de maniere prospective. Rapport destine a la Direction generale, pour l’examen trimestriel de la situation, et au Conseil de banque Le rapport a ete approuve le 23 novembre 2000. Autant que possible, il tient compte egalement des informations publiees apres cette date. Les comparaisons d’un trimestre a l’autre reposent sur des donnees corrigees des variations saisonnieres. Au second semestre de 2000, l’evolution de la conjoncture est restee favorable dans le monde entier. Toutefois, les impulsions positives se sont quelque peu attenuees dans la zone de l’OCDE, apres la forte poussee de croissance du premier semestre. Les prix des produits petroliers, beaucoup plus eleves, et le resserrement de la politique monetaire que les banques centrales des pays industrialises ont opere en vue de prevenir une surchauffe inflationniste ont eu des effets moderateurs. Hors de la zone de l’OCDE, l’evolution economique a gagne en vigueur, notamment dans les pays exportateurs de petrole. Dans l’ensemble, il y a de fortes chances que la croissance de l’economie mondiale continue a etre robuste, que l’inflation reste relativement moderee et que le chomage marque encore un repli. Certes, l’economie americaine – le principal soutien de la conjoncture jusqu’ici – devrait croitre plus lentement que l’annee precedente. Mais l’evolution de la conjoncture est toujours favorable en Europe et une nouvelle amelioration se dessine au Japon. En outre, la reprise de la conjoncture devrait egalement se poursuivre hors OCDE, en particulier dans les pays asiatiques nouvellement industrialises. Net ralentissement de la croissance aux Etats-Unis Au troisieme trimestre de 2000, la conjoncture americaine a perdu etonnamment vite de sa vigueur. Selon des estimations revisees, le produit interieur brut reel s’est accru de 2,4% d’un trimestre a l’autre (en taux annualise) et depassait de 5,2% le niveau observe un an auparavant. Ce ralentissement a decoule avant tout de la croissance plus lente des investissements, de l’accumulation plus que tres faible des stocks et la diminution des depenses publiques. La consommation privee et les exportations, qui ont toutes deux legerement augmente par rapport au trimestre precedent, ont soutenu la conjoncture. L’emploi a continue a progresser jusqu’en octobre, mais a un rythme plus lent. Le taux de chomage s’est maintenu a 3,9%. La situation tendue qui regnait sur le marche du travail s’est traduite par des couts salariaux croissants. A la suite de la hausse des taux d’interet et des prix des produits petroliers, l’economie americaine devrait progresser, pendant les prochains trimestres, a un rythme plus lent que ce qui a ete observe jus-qu’au milieu de l’an 2000. D’importants indicateurs avances – indice national des directeurs d’achat et indice composite des indicateurs avances – se sont legerement replies durant les mois d’ete. Ils restent cependant dans une zone qui annonce une croissance economique robuste. Croissance legerement plus faible en Europe Selon de premieres estimations, le produit interieur brut reel de la zone euro a augmente, au troisieme trimestre, un peu moins qu’au deuxieme; par rapport a la periode correspondante de 1999, il a progresse de 3,4%, contre 3,6% au deuxieme trimestre. Dans le meme temps, le taux de chomage moyen a continue a diminuer, passant a 9%. La nouvelle hausse que les prix du petrole ont enregistree en juillet et en aout a fortement desoriente les consomma teurs et les entreprises dans certains pays, en particulier en France et en Italie, mais la situation s’est apaisee au cours des mois suivants. Selon les indicateurs disponibles, la conjoncture a perdu un peu de son dynamisme dans la zone euro. Au troisieme trimestre, la croissance de la production industrielle a ete moins forte qu’au premier semestre. De plus, il decoule des dernieres enquetes menees par l’UE que l’indice de confiance de l’industrie a stagne a son niveau du deuxieme trimestre.