Le reexamen de la politique monetaire, en vue des decisions de politique monetaire de septembre, a confirme cette appreciation de la situation. L’article premier de la Loi sur la Banque nationale de 1905 confere a la Banque nationale suisse (BNS) le droit exclusif d’emettre des billets de ban-que. En commencant a exercer ses activites, le 20 juin 1907, la BNS emit ses premiers billets, fortement inspires des modeles produits par les banques d’emission anterieures. Ces billets dits interimaires circulerent alors parallelement aux anciens durant une periode de transition de trois ans. Le 20 juin 1910, les billets de la BNS devinrent le seul moyen de paiement valable. Un an plus tard, en septembre 1911, la BNS emit ses premiers billets realises en autonomie complete. Depuis, elle a mis en circulation une nouvelle serie de billets environ tous les vingt ans. La plus recente, oeuvre du graphiste Jorg Zintzmeyer, a ete progressivement mise en circulation entre 1995 et 1998. Le present expose a pour objet de decrire le cycle de vie des billets de banque suisses, de leur conception a leur destruction, en passant par leur fabrication. Le chapitre 1 fournit quelques indications sur le volume des billets en circulation en Suisse et sur son importance. Le chapitre 2 decrit la conception d’une serie de billets, a partir de l’exemple de la derniere serie. Les chapitres suivants se rapportent a la production (chapitre 3), a la distribution et a la reprise (chapitre 4) ainsi qu’au traitement et a la destruction des billets (chapitre 5). Le chapitre 6 aborde les frais d’exploitation induits par ces differents processus. Enfin, le chapitre 7 elargit la notion de cout en y incluant des parametres ecologiques. Dans sa charte sur l’environnement, la BNS s’est engagee a concevoir, a distribuer et a detruire ses billets dans le plus grand respect possible de l’environnement. Aussi a-t-elle etabli en 1999 un ecobilan complet sur les billets de banque suisses, dont nous fournissons ici les etapes et les resultats. A la fin juin 2000, le montant des billets de banque suisses en circulation s’elevait a 31,8 milliards de francs. Une part importante de ces billets etait constituee par les grosses coupures, a raison de 53% pour les billets de 1000 et de 15% au total pour ceux de 500 et de 200. Les billets de 100 en constituaient 22%, contre respectivement 5, 3 et 2% pour ceux de 50, de 20 et de 10. La forte proportion de grosses coupures demontre que les billets de banque ne servent pas qu’a des fins de paiement, mais qu’ils font aussi l’objet d’une thesaurisation non negligeable. La circulation des billets peut egalement s’exprimer en unites: ainsi, a la fin juin 2000, quelque 250 millions de billets etaient en circulation. Vue sous cet angle, la repartition entre les differentes coupures est nettement plus equilibree que sous l’angle du montant. Elle oscille entre 7% pour les billets de 1000 et 27% pour les billets de 100. Par son montant, la circulation des billets a considerablement augmente depuis l’entree en activite de la BNS en 1907, en partie a cause de l’inflation. L’illustration 2 montre l’evolution des circulations nominale et reelle de billets, deduction faite, pour la seconde, des prix a la consommation (par rapport aux prix de 1907).1 On constate qu’entre la fin 1907 et la fin 1999, la circulation de billets nominale a augmente de 23257%, soit de 6,1% par an. Pour la circulation reelle, ces chiffres sont plus modestes, quoique eux aussi considerables: 2148% et 3,4%. L’accroissement de la circulation des billets reflete en partie la croissance economique. L’illustration 3 montre l’evolution de la circulation des billets par rapport a celle du produit interieur brut (PIB) nominal. Il apparait que ce rapport a diminue sans arret depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. En d’autres termes, la circulation de billets a augmente moins vite que le PIB nominal. Ce phenomene s’explique par les progres de la technologie des paiements, qui ont fait reculer l’usage du numeraire, permettant aux entreprises comme aux menages de reduire leur encaisse. Durant les quatre premieres decennies du siecle, contrairement a l’apres-guerre, la circulation des billets s’etait developpee plus fortement que le PIB nominal. En effet, durant les premieres annees de la BNS, les billets de banque ont eu tendance a remplacer de plus en plus la monnaie metallique. Ensuite, l’insecurite provoquee par la Premiere Guerre Mondiale, puis la deflation du debut des annees vingt, et enfin la crise economique mondiale des annees trente, ont favorise la thesaurisation des billets. Bien que les billets de banque aient vu leur role se reduire dans tous les pays industrialises au cours des dernieres decennies, ils restent un moyen de paiement important. C’est vrai tout particulierement en Suisse, ou la circulation des billets est relativement forte en comparaison internationale. Le tableau 1 montre le numeraire en circulation et le PIB nominal des sept principaux pays industrialises et de la Suisse a la fin 1998. Cette analyse du numeraire plutot que des billets facilite la comparaison internationale. Elle porte sur les billets et les pieces qui ne sont pas detenus par les banques et la Poste.2 Les resultats revelent que le rapport entre numeraire en circulation et PIB nominal oscille selon les pays entre 2,9% (Grande-Bretagne) et 11% (Japon). Avec un taux de 9,3%, la Suisse se trouve en deuxieme position derriere le Japon et enregistre ainsi un volume particulierement eleve de numeraire en circulation. Il convient toutefois d’interpreter avec prudence ce genre de comparaisons internationales. Une part variable des billets de ces pays peut en effet se trouver en circulation hors du pays ou dans les bas de laine de l’etranger. On sait bien par exemple que des quantites importantes de billets verts americains sont utilisees hors des Etats-Unis comme moyen de paiement parallele ou comme reserve de valeur. Les taux de numeraire calcules en sont forcement fausses. On ne dispose malheureusement d’aucune information precise quant a la quantite de billets d’une monnaie detenus hors du pays d’emission. Depuis sa fondation, la BNS a produit huit series de billets. Le tableau 2 en fournit le detail, ainsi que le nom des createurs respectifs. Il precise egalement les dates de premiere emission et de rappel.3 De ces huit series, toutes n’ont pas ete mises en circulation. La deuxieme et la troisieme comprenaient notamment des billets de reserve qui n’ont jamais ete utilises. La quatrieme et la septieme etaient de pures series de reserve, concues pour le cas ou une serie en vigueur aurait du etre remplacee d’urgence (en raison de l’apparition d’un nombre excessif de faux, par exemple). La septieme, realisee dans les annees 80 par R. et E. Pfund, devrait etre la derniere car on souhaite eviter a l’avenir l’enorme surcroit de travail que representent ces series de reserve. On prefere desormais assurer une evolution continue des billets en circulation, pour les adapter a l’etat le plus avance de la technique.4 La conception d’une serie de billets doit respecter trois types d’exigences. Tout d’abord, la securite. Grace aux elements de securite, le public devrait etre en mesure de reconnaitre aisement les billets authentiques et d’identifier les faux. Ces elements de securite doivent etre difficilement falsifiables. L’evolution fulgurante des techniques de reproduction contraint la BNS a un ajustement regulier des elements de securite. Ensuite, les billets doivent satisfaire aux exigences des usagers: ils doivent etre maniables, faciles a distinguer les uns des autres, mais aussi solides, et disponibles en coupures commodes. Le troisieme type d’exigence est d’ordre esthetique. Le realisateur des billets doit donc concilier son projet artistique avec les exigences liees a l’utilisation et a la securite. La BNS impose un certain nombre d’elements de conception dans des «consignes techniques». Elles concernent les couleurs, les personnalites a representer, ainsi que les motifs et l’emplacement des caracteristiques d’authenticite, des indications de valeur et du sigle de la BNS dans les quatre langues officielles du pays.